L’enregistrement De Wild Animus
Longtemps, Shapero se demanda en vain comment il réussirait à enregistrer seul Wild Animus ou, pire, à persuader d’autres musiciens de collaborer à une expérience qui devait durer deux heures trente :
« Je ne suis pas un homme de scène. Je n’avais pas d’orchestre. Je n’avais pas de musiciens à ma disposition qui, connaissant mes morceaux, pourraient entrer dans un studio et boucler l’enregistrement en quelques prises. Les compositions en forme libre étaient complexes et le tout était écrit d’une façon que j’étais le seul à pouvoir déchiffrer. De plus, les seules parties que j’avais notées étaient les miennes. Je pouvais imaginer d’autres sons, d’autres instruments. Mais je ne pouvais imaginer comment les créer ou les intégrer à ce que j’avais fait. Heureusement que c’est l’époque où la technologie du montage numérique a progressé, juste au bon moment. Et j’avais passé tant d’années avec les ordinateurs que ces machins-là n’avaient pas de secrets pour moi. Je me rappelle qu’à Boston, au début des années 1990, j’avais entendu parler du logiciel Pro Tools et je me suis dit : “Ça peut marcher, avec ça.” »
La vraie difficulté a été de rassembler un groupe de musiciens pour jouer les morceaux de forme libre, sans partition ni dispositif écrit. L’enregistrement en continu joua un rôle essentiel.
« Le truc, ce fut d’isoler chaque passage musical de façon à ce que le musicien puisse l’exécuter en se laissant une marge d’improvisation. Il pouvait le réécouter plusieurs fois et s’immerger dans le son. Puis on passait au musicien suivant, et ainsi de suite sur tout un morceau, puis on articulait le tout. Toutes les contributions musicales à Wild Animus ont été enregistrées avec un instrument à la fois, comme un fond sonore à mes enregistrements en solo. »
Quant aux musiciens... « J’ai cherché des gens ayant une sensibilité musicale proche de l’univers de Wild Animus. La plupart étaient des personnes dont j’aimais la musique, indépendamment de ce projet. De leur côté, il leur a fallu se faire à l’idée de réaliser quelque chose d’inédit, de soutenir quelqu’un qui n’avait aucune expérience, aucune réputation dans le milieu musical. Ce que j’ai apprécié, c’est que le projet a impliqué des gens venant de milieux très différents. » Au cours du projet, des artistes comme Jim Campilongo, Jim Keltner, Hutch Hutchinson, Charles Bissell, Marc Ribot, Iva Bittová, et bien d’autres — plus de trente au total — ont apporté leur pierre à l’édifice.

