Pourquoi N’y A-T-Il Pas De Tournée ?
Vous ne rencontrerez pas Rich Shapero en tournée, et voici comment il s’en explique :
« Je ne suis pas un musicien de scène, je ne l’ai jamais été et je ne le serai jamais. J’étais à la tête d’un groupe au lycée et j’ai joué sur scène à l’occasion. Mais ça n’avait rien d’une vocation. Je n’aurais jamais été doué pour ça. Il me manquait une certaine résistance, et le fait d’être exhibé aux foules me paraissait tout sauf naturel. La plupart des bêtes de scène adorent focaliser l’attention sur eux. Pas moi.
« Je tique toujours quand j’entends les gens déplorer les avancées technologiques. Vous savez... “tous ces nouveaux outils permettent aux gens qui n’ont pas le cran de jouer en public d’enregistrer des disques”. C’est tout moi, ça. Je suis timide et mon univers créatif est marqué au coin de la solitude. Je n’ai ni le talent ni la personnalité requis pour jouer sur scène. J’adore les mots et les idées, l’écriture et la musique, et la technologie me permet de faire ces enregistrements. Je trouve que j’ai beaucoup de chance que ça soit possible. »
Rich Shapero aborde donc la musique comme il aborde l’écriture : « Je me concentre sur sa création, voilà tout. Ce que je fais n’a ni les inconvénients ni les difficultés qui vont de pair avec les tournées, mais n’en a pas non plus les avantages. Je reste à distance des gens qui apprécient ce que je fais. Le contact se fait par lettre, par mail, par le biais d’un commentaire personnel. Mais c’est comme ça que ça doit se passer. Pour l’instant, du moins.
« Je rêve de déléguer mon rôle à un chanteur pour mon prochain projet, comme on embauche un acteur pour un film. La musique pourrait être jouée sur scène et je pourrais passer plus de temps à écrire au lieu d’enregistrer. Mais dans le cas de Wild Animus, c’était un objectif trop ambitieux. »
La Musique Se Suffit-Elle Á Elle-MÊme ?
Les trois CD sont partie intégrante d’une expérience narrative plus étendue qui inclut un roman. La musique se suffit-elle à elle-même ?
« Je ne crois pas que la musique puisse fonctionner sans le livre », dit Rich, « pour diverses raisons. Il est trop difficile de comprendre ce qui se passe. Plusieurs morceaux paraissent absurdes si on ne les replace pas dans le contexte de l’histoire. En comparaison de ce que les gens s’attendent à trouver dans les chansons pop, les paroles sont prolixes et complexes, et mes mélodies peu sophistiquées. Si les gens abordent cette musique avec un état d’esprit conventionnel, s’ils recherchent une mélodie entraînante ou une musique d’ambiance, ou une approche inédite du comportement humain, ils seront déçus. S’ils abordent Wild Animus à la façon d’un film, comme une histoire avec des personnages et une intrigue qui se déploie de scène en scène, ce sera peut-être une expérience significative pour eux. Mais il faudra qu’ils entrent d’abord dans le roman, même en pataugeant un peu.
« Nous vivons une époque où l’art est souvent déconstruit, où les artistes sont en quête de non-sens. Les gens ont l’habitude d’entendre des paroles qui n’ont aucun sens parce qu’elles ne sont pas censées en avoir. Je me suis fait une raison, je sais qu’il y a des éléments dans mes paroles qui donneront à ceux qui les écoutent l’impression de ne pas suivre. Certains se diront : “ Il n’y a pas moyen d’en tirer un sens.” Mais ce n’est pas vrai ! »
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